Fauve que l'on promène en laisse. Étonnante carcasse. Squelette élastique. J'assois et j'assiste la bête qui assomme l'asphalte de son pas assassin. Mélancolie, mon pays. Je te retrouve comme on se recouche dans un lit qui a gardé la forme du dormeur. Oui, je dors, tendre amie. Tu es mon âme et tu empoisonnes mon corps. Je ne me débattrai plus. Tu fais partie de ces combats perdus d'avance. Ne te retourne pas.
Une main aux ongles vernis a balayé les regrets. Il était temps. Marchons à petits pas. Nous ne sommes pas attendues. Une araignée s'est accrochée au chapeau du cheval. Elle balance ses doigts crochus et arpente le coton du couvre-chef.
La lune clignote. Ses rayons-néons transpercent les meubles. Mon corps est passoire. Un loup se dessine autour de mes yeux. Un livre violet sur la nuque et je m'endors. Mélancolie, mélancolie, mélancolie. Ce mot liquide me suit comme mon ombre. Elle est l'odeur de ma peau. Elle est la poussière qui se dépose dans mes cheveux. Elle a la couleur de mes yeux. Mélancolie ne s'habille jamais et se presse contre moi.
Petite fille en robe de mousseline. Elle tourne sur le manège, un cheval de bois entre ses bras. La crinière en plastique scintille. La statue éternue et c'est toute la rue qui disparaît. Trou noir. Mais la musique du carrousel retentit toujours. Le clochard s'assoupit sur un matelas de chewing-gum tandis que son chien mâchouille une chaussure verte.
- Dada! hurla Mélancolie.
Et les ombres de la place se levèrent. Leurs doigts crochus s'attachèrent au décor de la ville. Un coup sec. L'opéra est à terre. Les rails du tramway s'enroulent autour des lampadaires.
- Nous sommes...
Le vent avale les derniers mots. La vérité, c'est que nous ne sommes pas. De l'autre côté, Milan tape contre les vitrines des magasins. Ses poings rencontrent le verre. L'ébranlent. Le ramollissent.
Les amoureux ne viendront plus sur l'Esplanade. Ils ne s'embrasseront plus devant la fontaine. Le sel de la mer effrite les drapeau du Corum. Les tuiles se dressent sur le toit des vieilles maisons. La statue des trois Grâces s'est fait la malle. Elle a emporté les dalles de la place. Deux anges de granit cherchent leurs ailes. Ils montent sur le carrousel. Ce ne sont plus que des enfants.
Dieu est parti. N'a-t-il jamais été là? Même le Diable a fui. Aucun être ne résiste à Mélancolie. Sur son passage les arbres se déracinent. Le café chaud dans les tasses des touristes s'évapore. Les vieux quittent les bancs de pierre.
Une jambe en bois. Un immense navire traverse le ciel et s'échoue sur un nuage. Les oiseaux tombent. Drogués par la folie, ils s'imaginent taupes et grattent furieusement le sol.
Montpellier, place de la Comédie.
Montpellier, place de la Mélancolie.
16 juillet 2008